Société

Inamujandi (wa jambo ) : lorsque le patriarcat bascule

Il existe trĂšs peu ou presque pas de littĂ©rature qui relatent l’histoire Ă©merveillante ďInamujandi (wa jambo) et du courage digne d’une vraie « warrior » dont cette jeune femme qui, dans sa trentaine, a su faire preuve de bravoure, plus que quiconque parmi tous ses congĂ©nĂšres, face Ă  une ingĂ©rence des antagonistes belges qui croĂźssait Ă  toute vitesse en particulier dans la sphĂšre politique. Pourquoi elle et son histoire sont tombĂ©es dans l’oubli ? Qu’est-ce qui l’a poussĂ©e Ă  passer outre l’ordre patriarcal ?

Crédit photo : Jimbere Magazine

Avant de dresser le portrait de cette hĂ©roĂŻne, il faut savoir qu’avant mĂȘme qu’elle ne soit une ennemie public, il y’avait eu d’autres protagonistes ayant fomentĂ© des mouvements de rĂ©volte Ă  l’instart de celui de « Runyota » qui, une dizaine d’annĂ©es avant Inamujandi, avait profitĂ© de la cĂ©rĂ©monie mythico-nationaliste d’ukubandwa pour se faire des adeptes leur promettant de se dĂ©barasser du colonisateur belge et qu’en consĂ©quence, ceux qui ne le suivront pas verront leur argent (systĂšme d’Ă©change instaurĂ© par les premiers occupants allemands et qui avait remplacĂ© le troc) se transformer en cendre (umunyota) d’oĂč sa rĂ©putation de Runyota. Un argument de dissuasion parallĂšle Ă  celui d’Inamujandi.

On est en plein Ă©tĂ© 1934 dans la localitĂ© de Ndora (une rĂ©gion situĂ©e entre les provinces de Kayanza et Cibitoke au nord du Burundi ). Une femme originaire de la montagne de Ndora connue sous le nom d’Inamujandi (wa jambo) ou « Mujande » tout court, qui descend d’une famille Ă  laquelle on attribue des vertus Ă  caractĂšre magique voire prophĂ©tique d’oĂč son sobriquet de « SorciĂšre de Ndora ». Elle se servit de ces vertus pour ralier la population Ă  sa cause puisqu’elle leur annoncera une « prophĂ©tie » (sur le point d’arriver) selon laquelle un nouveau roi supposĂ© reprendre les rĂȘnes du pouvoir, allait Ă©merger avec une telle invincibilitĂ© que quiconque oserait s’y opposer pĂ©rirait Ă  coup sĂ»r et que mĂȘme les balles de l’homme blanc face Ă  lui se changeraient en goutelettes d’eau. Une thĂ©orie Ă  dormir debout mais qui en un sens va donner du fil Ă  retordre aux occupants belges.

La goûte qui fait déborder la vase

Un peuple qui, en plus de se voir offusquĂ© le droit d’exercer sa religion, se voit imposĂ© de nouveaux dirigeants (collaborationistes des colons) et le tout avec une Ă©conomie qui va mal (Ă  cause notamment de la peste bovine et de l’invasion des sauterelles qui sont passĂ©es par lĂ  deux ans plutĂŽt affectant le poumon Ă©conomique du pays qu’est l’agro-pastoral), a tendance Ă  mener des rĂ©voltes. Mais les Burundais, peuple docile qu’ils Ă©taient se montrĂšrent tolĂ©rant face au changement (imposĂ©) de communier avec l’au delĂ . Ce qu’ils n’arrivĂšrent pas Ă  digerer fut de voir la rĂ©gion de Nkiko-Mugamba cedĂ©e aux chefs complices de « Baranyanka » (vu comme un chef infĂ©odĂ© aux colons belges) au dĂ©triment des proches de « Kirima » (fils naturel de Ntare Rugamba). Et c’est lĂ  que notre hĂ©roĂŻne entre en jeu comme Ă©tant dĂ©tentrice ďune solution en ces moments de grogne sociale en s’opposant Ă  la dĂ©cision coloniale. Et sous sa conduite, les rebelles brĂ»lĂšrent un peu plus de 300 huttes et 10 missions (maisons servant Ă  la fois de demeures pour les prĂȘtres et de prĂ©dication du catĂ©chisme) en quelques jours.

Évidemment, les cartouches des colons ne se changĂšrent point en eau et la rĂ©volte sera matĂ©e avec succĂšs. Quant Ă  Inamujandi, elle sera capturĂ©e le 06 Novembre 1934 et exilĂ©e Ă  Ruyigi (province de l’Est du pays) dans ce qui faisait alors Ă©tat de prison oĂč elle mourra peu aprĂšs.
Qu’importe si son heure de gloire ait Ă©tĂ© de courte durĂ©e car, on pourrait se poser la question de savoir oĂč Ă©tait passĂ© le sens patriarcal de notre societĂ© qui d’habitude se hĂąte d’y remĂ©dier face Ă  un cas pareil mais qui pour cette fois semblait ne pas se retrouver jusqu’au point oĂč une femme (de cette Ă©poque) dĂ©cide de prendre les choses en mains.

Ceci dit, la raretĂ© des rĂ©cits de la brave Inamujandi s’explique par le fait que les colons Ă©taient gĂȘnĂ©s de devoir rĂ©diger un rapport dans lequel ils admettraient avoir subi des revers de la part d’une femme.

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