Ce nâest pas nouveau, ni un cas Ă part, mais des grossesses prĂ©coces existent et on les voit, on en entend parler au quotidien, mais on ne se demande jamais comment, pourquoi, la vie aprĂšs le « phĂ©nomĂšne » et on cherche rarement Ă le comprendre alors qu’il est toujours choquant et inadmissible aux yeux de cette sociĂ©tĂ© qui juge tant « lâerreur » que le mobile de cette derniĂšre (causes).
Lâhistoire est celle de « Bella » ( pseudo )! AlertĂ©es par des cris, toutes les personnes, nous, y compris, sommes retournĂ©s pour voir ce qui se passait. Bella Ă©tait Ă mĂȘme le sol sur le sable (puisque la scĂšne se passe sur une des plages de Kajaga), trĂšs agitĂ©e quâon aurait dit quâelle Ă©tait prise par des convulsions. Tout le monde courait vers elle et bouchait notre vue. Soudainement, une petite ouverture se fit. Bella est, en fait, une jeune fille dâenviron 12-14 ans. Apparemment trĂšs dĂ©munie, mendiante, enceinte et la grossesse est Ă son terme. Et oui, ses cris Ă©taient dus aux contractions.
Sur le coup, notre compagnie et tous les gens venus, lâaprĂšs-midi de ce dimanche sur cette plage, semblaient stupĂ©faits. Certains dâailleurs refusaient de le croire: « comment peut-on assister Ă un accouchement ? A la base, on est venu se dĂ©tendre, se dĂ©contracter, on ne peut pas rentrer plus stressĂ© », Lionel, dans tout ses Ă©tats, nous fait savoir. Quoique lâaccouchement ne devrait pas nous faire paniquer, bref. Une trentaine de minutes plus tard, aprĂšs multiples nĂ©gociations sur qui devrait se charger de Bella et son enfant qui Ă©tait au point de venir au monde ( quand bien mĂȘme quelques policiers des alentours Ă©taient lĂ et nâont bougĂ© le petit pouce pour secourir et sont repartis comme ils Ă©taient venus et ouiii câĂ©taient tous des « hommes», bon quoi quâil en soit), une charmante dame sâest, en fin de compte, proposĂ©e de la transporter Ă lâhĂŽpital, il fallait quâelle ait des soins et encore, ne pas accoucher devant une centaine de personnes. Elle devait ĂȘtre dignement suivie par des spĂ©cialistes pour donner la vie Ă un nouveau habitant de cette belle planĂšte.
On souhaitait, tous, savoir la suite des Ă©vĂ©nements et surtout le sort de la maman, mais beaucoup plus du bambin. La maman, je viens juste de dire, enfin, elle est maman certes, mais Ă 12-14 ans, serions-nous tous dâaccord, dâaffirmer que câest injuste pour elle? La condition de Bella laissait, de loin, Ă dĂ©sirer mais son Ăąge encore plus. On sâimaginait toutes les responsabilitĂ©s qui allaient peser sur elle et sa famille.
Les acteurs en jeu
Un questionnement qui n’est pas anodin me taraudait et cependant, toute la soirĂ©e et la journĂ©e qui a suivi ces Ă©vĂ©nements, « Ă qui la faute? qui est le pĂšre de ce nouveau-nĂ©? et lâEtat dans tout ça? » , questions Ă un million, comme on aime le dire, puisque, jâen aurais aucune rĂ©ponse ( A moins que je ne fasse de plus amples enquĂȘtes).
Toutefois, une personne normale, saine dâesprit et sensible Ă cette situation ne manquerait de se demander la contribution et la protection du gouvernement envers les jeunes filles burundaises, quant Ă ce sujet, car les Ă©vĂ©nements qui sâĂ©taient passĂ©s la semaine qui a prĂ©cĂ©dĂ© et celle qui a suivi lâhistoire de Bella, laisseraient une personne, avec un esprit critique, perplexe. TantĂŽt des adolescentes coupables dâavoir Ă©tranglĂ© un nourrisson dans un lycĂ©e dont une peine dâemprisonnement Ă vie, tantĂŽt une jeune fille, qui se suicide parce quâelle est enceinte. Encore que, les gĂ©niteurs ne sont pas poursuivis, mais « gĂ©niteurs » est plus respectueux, puisque on ne sait pas si la grossesse de Bella ne rĂ©sulte dâun viol. Serions-nous face Ă une non-assistance des personnes les plus vulnĂ©rables? De quelles mesures nos jeunes filles sont-elles accompagnĂ©es? Quelle Ă©ducation sont-elles en train dâĂȘtre dispensĂ©e? Surtout celles en situation de rue ou plus dĂ©savantagĂ©es que dâautres!
Ce mois de Mars est dĂ©diĂ©e aux femmes, mais pour moi, il est dĂ©diĂ© spĂ©cialement Ă Bella qui malgrĂ© elle, est devenue maman et dont sa vie sâest vue basculĂ©e Ă un jeune Ăąge. Ce mois est dĂ©diĂ© Ă toutes ces jeunes filles qui ne savent plus comment faire leur choix face Ă une sociĂ©tĂ© qui les juge en permanence. Ce mois est dĂ©diĂ© Ă ces jeunes filles perdues, qui ne savent plus quel chemin prendre quand, bien mĂȘme, elles ont besoin de soutien et dâaccompagnement que le dĂ©nigrement, le rejet et les moqueries quâon les tĂ©moigne.
Je dĂ©cide dâarrĂȘter ma plume par ici, tout en pensant et en rendant hommage Ă Bella et toutes celles comme Bella! Aujourdâhui plus que jamais, soyons la voix des moins chanceuses, des plus vulnĂ©rables, de nos petites sĆurs, nos semblables, et comme Malala Yousafzai, une trĂšs jeune militante pakistanaise de 22 ans, lâa dit: « Quand le monde entier reste silencieux , une seule voix peut faire la diffĂ©rence », cette voix peut ĂȘtre la tienne.


