
2023, ce fut une année qui était pour beaucoup de gens à cœurs fragiles comme le mien incroyablement dur. Entre viols, justice refusée, emprisonnement arbitraire, j’en passe; de Christella de Ntega à la petite Kelsey de Buterere, nous avons grincé les dents, pleuré, hurlé, nous sommes toujours consternés. A l’occasion de la célébration de la journée des droits de la femme, je décide de revisiter les publications de Jimbere et Yaga de Mars 2023 à nos jours. Mon esprit ne veut pas oublier ces braves figures
(Lu sur le compte X de Jimbere Magazine) Mars 2023, une élève de la province Ngozi, à l’époque citée anonymement est surprise avec son enseignant. Je vous épargne les détails. Pour faire court, l’élève est renvoyée de l’école avec annulation de son année scolaire de surcroît.
Le même mois, Christella de Ntega, écrit une lettre ouverte dénonçant l’harcèlement lui infligée par son directeur. Menacée, elle réécrit aux autorités pour une demande de sécurité. Christella a peur pour sa vie. Doublement punie, elle sera emprisonnée sous la décision du Tribunal de grande instance de Kirundo en Juillet 2023, soit 4 mois après avoir écrit sa première lettre.
Je vous épargne le cas de sœur Emilienne de Gitega, dénonçant les harcèlements subis par les jeunes élèves (filles) dans le Lycée Christ Roi de Mutoyi à Mushasha. Son acte de bonne foi vire au cauchemar. Elle est mise derrière les barreaux, sous ordre du TGI Gitega. (Lu sur le site web de Yaga).
Tirant la loupe sur ces quelques cas, être désolé que le système éducatif soit engrené par une pandémie de viols et de harcèlements serait peu dire. Mais ce qui est plus désolant, c’est les yeux, les cœurs meurtris de ces jeunes filles voyant leurs vies basculer, leurs droits être bafoués et leur vies rêvées, tout d’un coup, s’effondrer.
« Quand on croit que c’est fini, et bien, il y en a encore »
Novembre 2023, à Buterere, Kelsey Iteriteka, le nom de l’ange partie très tôt qui sera sur toutes les lèvres et comptes X de tout burundais « Kelsey Iteriteka 💔🕊️🕯️ ». Violée et tuée de sang froid, la disparition de la petite de 5 ans fait écho. Un drame sans nom. Un bourreau est toujours dans les parages.
Buterere, cité de tous les maux? Quelques semaines après Kelsey, une photo d’une autre victime de viol surgit. Le comble : elle est à côté de son bourreau. Que dire? que faire? Je suis impuissante face à cette image. Quid de la protection des victimes. Comme le dirait un anglophone: « They (the police) didn’t get the memo ».

Zone Gihosha, le chef de la localité relâche un présumé auteur de viol sur une enfant de moins de 2 ans. Et on entendra jamais parler de cette affaire.
Vous avez certainement vu l’histoire de Diane de Mwaro à Nyabihanga, fillette de 6 ans violée par un homme de 46 ans. Entre un procès lent et la tentative de la bouche cousue par « un arrangement à l’amiable » sous la protection des autorités de Nyabihanga , la question que je me pose est : « Bon sang, qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu? »
Face à une non réactivité, que faire?
X, comme on aime X. Les internautes se bousculent pour relayer les informations, envoyer des cœurs (de la force) aux familles des victimes, alerter les hauts placés face à ce fléau. Mais, j’ai l’impression que le combat est peine perdue. Où se trouve la justice pour toutes ces jeunes femmes? Pourtant, elles y avaient droit. Leurs familles méritaient d’être entendues, leurs bourreaux méritaient d’être punis.
Que faire face aux internautes qui, jusqu’à ce jour, remettent en doute les paroles des victimes? Que faire face aux commentaires moqueurs, déshumanisants de certains? Que faire face à l’indifférence des autorités sans actions concrètes? Que faire face à cette monstruosité peinte en badinerie?

Chers lecteurs, aujourd’hui, nous célébrons la « journée de la femme ». Toujours bien mises en pagnes, nous allons sûrement remplir les bars. Toutefois au milieu de ce brouhaha, j’ose espérer que celles moins chanceuses sont entendues, vues, aidées, soutenues. Aujourd’hui, plus que jamais, célébrons différemment. Aujourd’hui, plus que jamais, j’ose espérer que pour « cheminer ensemble avec la femme », il faudrait la relever, l’aider à renaître de ses cendres dans laquelle la société l’a engloutie. Peut-être bien qu’à ce moment, nous oserons penser, parler de développement socio-économique.
Les journalistes, activistes, blogueurs, ou tout simplement amoureux de la toile qui ont su partager et raconter les faits en toute humanité, vous êtes des pépites. Take your flowers.
A toutes ces femmes comme Christella, Emilienne, Diella et autres, (Dieu seul sait combien vous êtes nombreuses), vous qui êtes lésées et qui pensez que la vie s’est acharnée sur votre sort: vous êtes vues, vous êtes nos héroïnes, soyez résilientes, vous êtes braves.
Je pense à vous. Force à vous!

