La danse traditionnelle qui est un élément regroupant une sphère de la société, et qui revêt d’un caractère à la fois éducatif, ludique, répétitif et même créatif, fait prendre conscience de son identité et de sa culture, mais la jeunesse burundaise ne considère plus aucun de ces caractères ou peu le font.
Devrait-elle être au singulier ou au pluriel? Tous les deux y sont applicables : la danse traditionnelle dans son aspect homogène, une des pratiques culturelles d’une société et les danses traditionnelles, dans leur pluralité au regard de leur innombrables types. Toutefois, les burundais, même si elle semble nous filer entre les doigts de la main, encore adeptes et encore accrochés à ces douces mélodies qui ont fait leur jubilation, à travers ces voix euphoriques, ne lâchent rien et tentent, coûte que coûte, de faire renaître cette jouissance qu’a procuré la danse traditionnelle et qu’ elle procure aujourd’hui (mais de moins en moins). En attendant, la rage contre les miens (ceux de ma génération) et moi-même (qui fut dans un des groupes de danses traditionnelles) est là et reste, face à cette indifférence qui saute aux yeux.
En effet, une tonne de situations dans laquelle je me suis retrouvée coincée m’ont fait, me triturer les méninges. Chris, jeune de 24 ans, dit-il, ce fameux samedi soir (après s’etre absenté dans le mariage de sa nièce) « À mon mariage, je ne veux, en aucun cas, claquer mon argent pour ces bêtises de quatre filles qui se pavanent devant mes invités, en dansant au nom de la culture ». Et, Chris est un parmi tant d’autres. Mais surtout, le jour où tout a basculé dans ma tête, est ce beau jeudi du mois de novembre dernier. Alors que nous étions une trentaine de jeunes burundais présents dans une conférence régionale, il a fallu présenter les couleurs de chaque pays présent (et qui dit présenter les couleurs, sous entendait, faire une prestation relatant les valeurs culturelles des pays) et devinez, qui ont fièrement présenter les couleurs (on s’était vêtu d’ Imvutano en couleur rouge,verte et blanche) sans toutefois représenter ces couleurs puisque aucun des trente, absolument personne ne pouvait danser une des plus d’une vingtaine des danses traditionelles et créer une chorégraphie digne de ce nom. «Gardons que le positif» nous dit-on. On a pu feindre de faire une chorégraphie sur une « imvyino » et tout le monde était content, il ne fallait pas se taper la honte devant un public de plus d’une centaine de gens.
Tout compte fait, le problème ne réside pas, seulement au niveau de ne pas créer une chorégraphie, mais il est bien énorme et pesant: et bien, on n’a plus de culture de « Ukuvyina », quite à payer un groupe de personnes pour nos cérémonies; mais nourrir la culture de « Ukuvyina» sans avoir une idée de ce qui était ranconté par nos aïeux dans les chants anciens, est un chemin semé d’embûche voire bloqué; Outre cela, peu de gens te diront lesquelles danses contiennent le patrimoine culturel national à part bien sûr Amayaya, Umutsibo (Buyogoma) limite Urwedengwe (Kumoso, pour le sexe féminin) mais que dire des autres comme Ubusambiri, Umunyuko, Urutana, Umuhanga, Agasimbo( Makamba), Intore ( la danse des guerriers), Umuyebe(Imbo), Ihunja, Uruharambo ( Kirimiro, pratiqué par les hommes), Akanyarusizi( Rusizi), Ubudemera, Ihuruma (Kumoso), Igisuru (cette danse a attiré mon attention, paraît-il qu’elle était présentée lors de la naissance des jumeaux, quoique notre culture est impressionnante),.., y compris moi, qui ai éventuellement tiré ça sur Google.

Quoiqu’il en soit, l’ignorance n’est plus un défaut que lorsqu’il faut faire de recherches et aussi vulgariser les résultats des recherches! Ainsi le ministère de la culture animerait des festivités, des conférences débats, des retraites , dans les écoles par exemple (l’importante sphère de socialisation chez les jeunes),…, une multitude d’idées me vient, soudain, à l’esprit, Pour redynamiser cette culture de la danse traditionnelle qui semble nous être détachés petit à petit. Mais, hormis le ministère, que ces groupes de danses nous parlent et nous partagent leur savoirs ( surtout les paroles apparemment pleines de sagesse qu’on arrive pas à décortiquer ), peut être cela serait un pas vers la renaissance et la reconsidération de l’héritage de nos ancêtres ( par nous, la génération ignorante parfois insouciante de la vie culturelle du pays). Faites renaître ces douces mélodies à l’Inanga, l’Umuduri, l’ Indenengwe, l’Ikembe, Inzogera, l’ Umwironge, etc. Ce qui est sûr ces groupes veulent vivre de leur passion, et on (la génération) est les détenteurs de cette clé du succès, facilitez-nous la tâche et encouragez-nous à aller vers vous et cette culture qu’on voudrait embrasser langoureusement mais dont la saveur semble éphémère.

Danse traditionnelle (culturelle) te priant de bien vouloir reconsidérer mon vœux le plus cher, de pouvoir voir un enfant burundais au pays, ou à l’autre côté de l’océan, et même dans l’Antarctique raconter aisément et fièrement ton parcours, ta naissance, tes origines, tes exploits, etc, et de ne pas laisser le noeud être détaché entre toi et moi. Puisses-tu renaître!


J’adore ta plume en fait!
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