Santé

De parjure en parjure

Qu’il est regrettable et fâcheux de confronter quelqu’un qui ne tient pas promesse. Certains médecins et infirmiers ont fait de ça leur pain quotidien.

« Il s’agissait d’un nourrisson de plus de 2 mois et il était venu dans un état critique accompagné d’au moins 4 personnes. Ils entrèrent dans la salle d’urgence et j’étais là. Une maman la tenait dans ses bras, probablement sa grand mère. Alors on a pris la température, on a vu l’état de l’enfant. Je ne sais pas ce que l’infirmier qui était là leur a envoyé chercher. C’étaient des trucs comme l’achat de la dipyrone, chercher les papiers qu’ils avaient oublier… Je ne me souviens plus exactement comment ça c’est passé mais tout ce que je sais c’est que ça a pris au moins une quinzaine ou vingtaine voire une trentaine de minutes et j’étais là pour plaider : « est-ce qu’on ne peut pas faire quelque chose, on oublie un peu cette paperasse, on prend soin de l’enfant et puis les trucs on les fait après » parce que paraît il qu’ils avaient oublié le cahier, la carte d’identité… Donc tout ce qu’il fallait pour jouir de la gratuité des soins pour les moins de 5 ans. Alors, suite à cette traîne et tout ça, il s’en est suivi la mort de cet enfant. Ce que je me rappelle vraiment, on avait pas encore fait quelque chose pour elle et elle est morte dans les bras de sa maman. On a du prendre sa mère parce qu’elle était dans la peine parce que son enfant n’avait pas été traité….» témoigne Alain (pseudo) un étudiant qui faisait son stage à un hôpital x de la capitale.

« En qualité de membre de la profession médicale, je prends l’engagement solennel de consacrer ma vie au service de l’humanité ; Je considérerai la santé et le bien-être de mon patient comme ma priorité ; Je respecterai l’autonomie et la dignité de mon patient[…] » tels sont les premiers mots qui introduisent la déclaration de Genève d’octobre 2017. Appelons la « serment des médecins » pour faciliter la compréhension aux profanes.

Nous sommes dans la nuit du 10 novembre 2019, je décide de mettre sur mon statut WhatsApp un petit communiqué réclamant des témoignages auprès des gens qui auraient tardé à être soignés faute d’argent ou de papier, auprès aussi des gens qui auraient un témoignage de quelqu’un qui est passé à l’autre bout du monde faute de moyens ou de papiers alors qu’il était déjà à l’hôpital ! Quelques profanes en médecine me donnèrent des pistes mais pas trop alléchantes. Et alors vint le tour de ceux de la profession médicale comme la convention les appelle : « Où veux tu les emmener ? les faire emprisonner?» « Là tu t’attaques à la plus noble de tous les professions qu’est la Médecine. I’m not gonna help you (je ne vais pas t’aider)». Bref, ils me répondirent en refusant de me répondre. Je dus dire à l’un d’eux : « Si tu savais combien tu venais de m’aider ».

Ils ont juré de faire de la santé et du bien être des patients leur priorité mais cela est resté longtemps une affaire des papiers, l’ingrédient le plus manquant dans le domaine médical. Dans le public, ce sont surtout les papiers qui ont changé le serment en: « les papiers seront ma priorité, puis je m’occuperai du patient ». Quant au secteur privé il suffit de remplacer papiers par « argent » , c’est le « money first » (l’argent d’abord). Oui maintenant je comprends le sens du mot « patient ». Les (j’hésite entre quelques et plusieurs) hôpitaux d’aujourd’hui sont vraiment une affaire de patients (dérivé de patience) et non de malades. Plusieurs malades ne cessent de rentrer non soignés, plusieurs en souffrent et plusieurs en meurent.

Chers membres de la profession médicale, je voudrais juste vous dire que j’apprécie votre travail mais tout n’est pas blanc. Faites de notre santé votre priorité comme vous l’avez juré, faites de vos hôpitaux et centres de santé des lieux de salut et non de pleurs et regrets. Les vies de vos patients sont entre vos mains. Sauvez des vies, c’est ça votre métier. L’argent peut attendre, les papiers peuvent attendre. La vie d’abord !

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