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Maladies Tropicales Négligées : quand l’Afrique sort l’invisible de l’ombre

Ce mardi 25 novembre 2025, le REMAPSEN a lancé officiellement la quatrième édition de son Forum des Médias sur les Maladies Tropicales Négligées (MTN), un rendez-vous stratégique pour renforcer l’agenda africain en matière de santé publique. Les différents intervenants clés, du Président du REMAPSEN aux experts internationaux, ont souligné l’urgence de mettre fin à l’oubli des MTN, qui touchent plus de 600 millions d’Africains.

Dans son discours d’ouverture, le Président du REMAPSEN, Youssouf Bamba, a insisté sur le rôle essentiel des médias pour mettre en lumière ces maladies invisibles et mobiliser les décideurs. Depuis sa création en 2020, le REMAPSEN a multiplié les initiatives : webinaires, rendez-vous périodiques et Awards Michel Sidibé, destinés à reconnaître les journalistes engagés dans la promotion de la santé et de l’environnement.

Pour M. Bamba, cette quatrième édition n’est pas seulement un forum : c’est un appel à l’action pour 43 pays africains, avec la perspective d’un plan d’action triennal 2026-2028.

Parler de l’invisible : le message du Pr Awa Marie Coll Seck

La Pr Awa Marie Coll Seck, Présidente de Galien Africa, a rappelé que les MTN ne sont pas seulement un problème médical : elles sont un enjeu de développement, de justice et de souveraineté sanitaire. Ces maladies touchent les communautés les plus pauvres, compromettent l’éducation, réduisent la productivité et aggravent la pauvreté.

L’ancienne Ministre de la Santé a souligné les succès récents de l’Afrique : dracunculose presque éradiquée, trachome éliminé au Ghana, Togo et Malawi, filariose lymphatique éliminée au Togo, foyers d’onchocercose éliminés au Sénégal.

Son message aux journalistes est clair : briser le silence, humaniser les statistiques et porter l’agenda sur le terrain.

Les médias au cœur de la bataille

L’expert en communication sanitaire Issa Niang a détaillé le rôle stratégique des médias pour informer, sensibiliser et défendre. Selon lui, la faible visibilité médiatique, les symptômes souvent subtils et le manque d’investissement mondial rendent ces maladies encore plus négligées.

À travers des exemples comme la vaccination contre la polio ou la mobilisation lors des épidémies d’Ebola, il a montré que la couverture médiatique peut changer le cours des campagnes de santé publique.

Une stratégie africaine pour sortir les MTN de l’ombre

Le Dr Maria Rebollo Polo a présenté la Stratégie d’optimisation des Maladies Tropicales Négligées (MTN), un programme ambitieux de l’OMS/AFRO destiné à transformer la manière dont les interventions sont menées sur le continent.

Elle a insisté sur l’importance d’accélérer l’action programmatique, en renforçant le contrôle, l’élimination et l’éradication des maladies. Mais l’approche ne se limite pas à la technique : il s’agit aussi d’intensifier les interventions de manière transversale, en intégrant les services MTN dans les systèmes de santé de routine et dans la couverture sanitaire universelle, plutôt que de les traiter en silos séparés.

Le Dr Rebollo Polo a également souligné la nécessité de changer les modèles opérationnels. L’appropriation nationale, la durabilité du financement et la centralité des communautés dans les efforts sont autant de facteurs clés pour que ces programmes produisent un impact réel et durable.

L’objectif est ambitieux. Plus d’un milliard de personnes dans le monde ont encore besoin d’interventions contre les MTN, dont 600 millions en Afrique. La stratégie vise à ce que 100 pays aient éliminé au moins une MTN d’ici 2030.

Cette présentation a rappelé que l’élimination des MTN ne dépend pas seulement de la médecine ou de la logistique. Elle nécessite une coordination stratégique, des politiques nationales fortes et un engagement réel des communautés, afin que ces maladies cessent enfin d’être invisibles.

Vers un engagement médiatique renforcé

Les MTN, souvent appelées « maladies invisibles », ne le sont plus quand les médias entrent en scène. L’Afrique dispose des outils et des stratégies pour les éliminer, mais cela nécessite une mobilisation coordonnée entre gouvernements, médias, communautés et partenaires internationaux.

Ce forum du REMAPSEN rappelle que l’avenir de la santé publique africaine dépend d’une visibilité accrue, d’une redevabilité renforcée et d’un engagement politique durable. Les journalistes sont invités à devenir les voix de ceux qui n’ont pas de voix, pour que ces maladies ne soient plus jamais négligées.

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