
Dakar s’apprête à accueillir du beau monde. Chercheurs, ministres, médecins, fondations internationales : tout ce que l’Afrique compte d’acteurs influents dans le domaine de la santé se donne rendez-vous à la fin du mois pour le Forum Galien Afrique. Un seul mot d’ordre : la souveraineté sanitaire africaine. Un mot qu’on répète souvent, mais qu’on peine encore à concrétiser.
À la tête de cette initiative, une femme respectée sur le continent : le Professeur Awa Marie Coll Seck, ancienne ministre sénégalaise de la Santé. « Nous aurons des décideurs, des experts, des acteurs communautaires africains, tous réunis pour réfléchir à cette problématique de souveraineté nationale. » a-t-elle précisé. Autour d’elle, des noms prestigieux : Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS ; Dr Jean Kaseya, directeur du CDC Afrique ; des représentants de la Fondation Rockefeller, de la Fondation Gates, et des ministres de plusieurs pays africains. Bref, un casting à la hauteur des ambitions affichées.
Un prix pour célébrer l’Afrique qui innove
Au cœur du forum, il y aura aussi la cinquième édition du Prix Galien Afrique, souvent présenté comme le Nobel africain de la santé. Il récompense les innovations pharmaceutiques, technologiques ou issues de la pharmacopée traditionnelle.
À la coprésidence du jury, un visage familier de la santé publique africaine : Dr John Nkengasong, aujourd’hui ambassadeur itinérant américain pour les affaires de santé mondiale, mais toujours profondément attaché à son continent.
Pour lui, le sérieux du prix fait sa force : « Certaines années, aucun prix n’est attribué si les critères de qualité ne sont pas remplis. C’est ce qui garantit la crédibilité du Prix Galien », insiste-t-il. Et cette année encore, les chercheurs africains seront scrutés : la créativité ne manque pas, mais il faut l’encadrer, la financer, la transformer en solutions réelles pour les populations.
Sur la pharmacopée traditionnelle, Dr Nkengasong est convaincu qu’elle a un rôle majeur à jouer. « Presque tous les produits pharmaceutiques américains viennent d’une recherche soutenue par le National Institute of Health, doté d’un budget de 40 milliards de dollars. Si l’Afrique veut que sa pharmacopée décolle, elle doit investir pareillement dans ses savoirs. »
Autrement dit : les herbes, les racines et les remèdes de nos grands-mères ne suffisent pas. Il faut les documenter, valider, financer et protéger.
Santé et argent : le grand malentendu africain
Mais comment parler de souveraineté sanitaire sans aborder le nerf de la guerre : l’argent ? Awa Marie Coll Seck ne mâche pas ses mots : « Ce n’est pas normal que ce soient des pays étrangers qui financent l’essentiel de nos budgets de santé. Nous devons en faire une chance pour repenser notre modèle. »
Elle rappelle un engagement souvent oublié : la fameuse Déclaration d’Abuja de 2001, où les pays africains s’étaient promis de consacrer 15 % de leur budget national à la santé.
Deux décennies plus tard, la plupart oscillent entre 4 et 7 %. « Comment être souverains sans moyens ? », s’interroge-t-elle.
Et pendant que les États-Unis réduisent leur appui via le PEPFAR, le continent découvre, un peu tard, sa dépendance. Pour la professeure, il faut des solutions locales : des taxes sur le tabac, l’alcool ou les boissons sucrées pourraient, selon elle, être directement affectées au financement de la santé publique. Une idée simple, mais qui demande du courage politique.
Une souveraineté qui se mérite
Les deux figures du forum le savent : parler de souveraineté sanitaire en Afrique, c’est presque un acte de foi. Mais ni Awa Marie Coll Seck ni John Nkengasong ne comptent baisser les bras. « Ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il faut renoncer. Si nous considérons la souveraineté comme une priorité, nous devons continuer à la défendre », affirme la professeure.
Et le Dr Nkengasong renchérit, avec cette phrase qui sonne comme une maxime :
« Aucun pays ne développera l’Afrique à la place des Africains. » Il cite l’exemple de la Corée du Sud, qui, en une génération, a bâti son développement sur la recherche, l’éducation et une vision à long terme. Pourquoi pas nous ? Pourquoi pas une Afrique qui soigne, fabrique, innove et finance par elle-même ? Et maintenant ?
Le Forum Galien Afrique, ce ne sera pas qu’un enchaînement de discours.
Au programme : un Forum des jeunes innovateurs, une Académie du leadership, et une exposition consacrée aux femmes pionnières de la santé africaine.
Chaque édition se conclut par des recommandations concrètes adressées aux gouvernements et partenaires.
Mais cette fois, les organisateurs veulent que les mots se transforment en actes.
Parce qu’à force de parler de souveraineté sans la construire, on finit par se complaire dans la dépendance. Dakar sera donc, le temps d’un forum, la capitale d’une Afrique qui rêve d’autonomie sanitaire. Pas une Afrique qui mendie, mais une Afrique qui se soigne elle-même. Et si, pour une fois, ce rêve devenait un plan d’action ?

