
Un chiffre qui fait réfléchir : entre 2 et 5% des pertes économiques en Afrique sont dues au changement climatique. Une réalité rappelée par Fanny Langella, Responsable de l’unité contenu de réseaux sociaux au Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNDRR). Elle intervenait lors d’un webinaire organisé début septembre par le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et l’Environnement (REMAPSEN).
Alors que sécheresses, inondations, cyclones et autres « catastrophes » frappent le continent, une idée forte revient dans ses propos : il n’existe pas de catastrophe naturelle. Ce sont nos modes de vie, nos politiques, nos choix d’investissement qui aggravent ou réduisent les risques.
L’Afrique paye cher ses fragilités
Quand une catastrophe frappe, elle ne se contente pas de faire tomber des maisons. Elle emporte avec elle le bétail, les récoltes, l’électricité, les routes… Bref, tout ce qui fait tourner l’économie. Résultat ? Pauvreté aggravée, malnutrition, problèmes de santé. Et là encore, un problème revient comme un refrain : le manque de données fiables. Comment prévenir, si on ne sait même pas mesurer ?
Investir sans voir le risque, c’est creuser sa tombe
Selon Fanny Langella, avant de construire une route, une usine ou un barrage, il faut d’abord regarder où l’on met les pieds. L’Afrique a besoin de 130 à 170 milliards de dollars par an pour combler ses lacunes infrastructurelles. Mais à quoi bon investir des milliards dans une centrale électrique, si elle sera engloutie à la première inondation ?
La résilience n’est pas un luxe. C’est une condition de survie. Agriculture durable, nouvelles techniques d’irrigation, diversification énergétique, infrastructures capables de tenir debout même quand la tempête frappe : voilà la voie.
L’argent, toujours l’argent
Mais d’où viendra tout ça ? Des solutions existent. Parmi elles, l’assurance paramétrique : une indemnisation automatique quand un seuil de catastrophe est franchi. Cela peut sauver des familles de l’effondrement total. À condition que les États et les communautés s’y engagent. Il y a aussi les micro-assurances agricoles et les financements anticipatifs, qui permettent de protéger récoltes et troupeaux avant que la catastrophe n’arrive.
Et le secteur privé, dans tout ça ?
Construire une usine dans une zone inondable, c’est comme bâtir une maison en paille au pays des loups. Le secteur privé doit assumer sa part : évaluer les risques, sécuriser les chaînes d’approvisionnement, éviter de détruire les zones côtières ou humides. Mieux encore, développer des partenariats avec les médias et les télécoms pour diffuser des alertes précoces. Parce que prévenir, c’est déjà sauver.
Les communautés ne sont pas que des victimes
Langella insiste : il faut inclure les communautés dans la décision. Trop souvent, les plus vulnérables (personnes handicapées, pauvres, habitants des zones reculées) sont oubliés. Pourtant, ce sont eux qui savent où l’eau s’accumule après chaque pluie, où les sols cèdent, où les vents frappent. Leur savoir local est une mine d’or, mais on ne les écoute pas assez.
Le rôle clé des médias
Enfin, impossible de clore sans parler des médias. Leur rôle ne se limite pas à répéter « alerte aux inondations ». Ils doivent traduire la science en langage simple, poser les questions qui dérangent : « Ce projet routier est-il vraiment résilient ? » ; « Pourquoi voter un budget qui ignore les risques ? » ; « Et si on comparait avec ce que font d’autres pays ? »
En clair, le journaliste ne doit pas juste rapporter la catastrophe, mais mettre en débat les choix de société qui nous rendent vulnérables.
Bref, derrière chaque cyclone, il y a moins « la nature » que nos propres choix. Et si on commençait à investir dans la résilience, plutôt que dans la réparation permanente ?

