Santé

Parler, c’est protéger : aborder la sexualité entre parents et enfants peut sauver des vies

Alors que le monde s’est fixé pour objectif d’éradiquer le VIH/Sida à l’horizon 2030, les professionnels de la santé tirent la sonnette d’alarme : les cas de jeunes testés positifs au VIH sont de plus en plus fréquents. Parmi les causes pointées du doigt, on cite notamment le désengagement des acteurs dans le dialogue autour du sida et des autres infections sexuellement transmissibles.

C’est un secret de polichinelle : parler de sexualité entre parents et enfants reste tabou. Dans la majorité des familles, le sujet est rarement abordé, alors que le sida, comme d’autres IST, est toujours une réalité préoccupante. Aux côtés des jeunes scolarisés qui ont besoin d’un encadrement via les clubs Stop Sida, il existe une autre catégorie vulnérable : les usagers de drogues, dont certains partagent des instruments perçants pouvant transmettre le virus.

C’est dans ce cadre que l’Association Burundaise des Personnes ayant Utilisé des Drogues (BAPUD) a organisé une campagne médiatique sur la problématique de l’éducation sexuelle en milieu scolaire, les 24 et 25 juillet 2025 à Bujumbura.

Pour Éric Nsengiyumva, secrétaire exécutif de la BAPUD, cette campagne vise à améliorer l’accès à l’information et aux services intégrés en matière de santé sexuelle et reproductive, adaptés aux jeunes issus de populations à haut risque et aux jeunes vivant avec le VIH. Elle ambitionne également de réduire la stigmatisation et la discrimination envers ces derniers.

Selon lui, les cas de jeunes âgés de 14 à 25 ans vivant avec le VIH ont connu une recrudescence ces derniers temps. Sans avancer de chiffres précis — seuls les services du ministère de la Santé publique et de la lutte contre le sida en disposent —, Nsengiyumva affirme que ces cas sont aujourd’hui beaucoup plus fréquents dans les structures de santé, ce qui appelle des actions concrètes pour freiner cette tendance.


Une jeunesse sous-informée, en proie aux grossesses et aux maladies

Le Dr Thierry Nahimana, médecin au Centre hospitalo-universitaire de Kamenge et formateur lors de cette campagne, regrette que les activités des clubs Stop Sida aient fortement diminué dans les écoles secondaires. Résultat : la menace que représente le VIH est aujourd’hui peu relayée.

Selon lui, de nombreuses informations essentielles liées au VIH ne sont pas connues du grand public, ce qui contribue à une ignorance dangereuse.


Renouer avec la communication autour du sida pour sauver des vies

Le Dr Nahimana rappelle que des progrès importants ont été réalisés, notamment en matière de dépistage communautaire. Il explique qu’une personne testée positive peut désormais recevoir immédiatement un traitement antirétroviral sur place, sans délai.

Mais la problématique reste : de nombreux enfants naissent encore avec le VIH, et de nombreux jeunes, tous profils confondus, vivent avec le virus. Le médecin déplore aussi que peu de gens connaissent le principe « indétectable = intransmissible ».

Pour lui, il est crucial de multiplier les occasions de parler du sida et de ses méfaits, que ce soit dans les écoles, sur les réseaux sociaux ou à travers des messages diffusés par divers canaux. La parole, insiste-t-il, peut sauver des vies.

Christophe Niyongendako

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