Société

Lynda ou la « petite femme » de son père

Ceci est l’histoire de Lynda. Peut-être que tu la connais. Peut-être que tu la vois chaque dimanche au marché. Ou peut-être qu’elle vit dans ton quartier. À Bujumbura, à Burunga, à Nairobi, à Paris. Lynda, c’est cette fille que la vie a déroutée. Lynda, c’est une histoire qu’on tait, un vrai tabou. Mais aujourd’hui, elle ose parler. Parce qu’elle n’en peut plus.

Shalom, Pasteur Ben. Je m’appelle Lynda, j’ai 20 ans. Tu ne me connais pas. Je t’ai rencontré comme par hasard sur Facebook dans un extrait où tu prêchais sur Loth et ses filles. J’ai eu l’impression que tu étais dans ma tête, que tu m’exposais en plein culte. Mon cœur battait si fort. J’avais les larmes chaudes qui coulaient sur mes joues.

Pasteur… j’ai besoin d’aide. J’ai essayé l’eau bénite. Rien. J’ai tenté les sourates du Coran. Silence radio. Le jeûne ? Mon estomac proteste dès 7h. Rien n’a fonctionné. Alors je t’écris.

« J’aurais dû fuir »

J’avais 13 ans. Enfant unique. Maman est morte, et avec elle, mon monde. Dépression, silence, solitude. J’ai cherché de l’évasion là où je pouvais. Sur mon écran. Dans les images interdites. Oui, les vidéos p*rn0. Un jour, une scène. Une fille et… son père. J’aurais dû fuir. J’ai regardé. J’ai été marquée. Ce jour-là, un démon est entré chez moi ou plutôt en moi où je ne pouvais plus le fuir. Pas un démon aux cornes visibles. Un démon d’idées tordues, d’envies déformées.

Petit à petit, j’ai commencé à voir en mon père un homme plus mature que moi et non celui qui m’a engendré. J’ai commencé à réclamer à dormir avec lui dans sa chambre. Prétexte : la tristesse. Vérité : le besoin d’un homme et pas n’importe lequel : lui, mon père biologique.

J’ai tué mon père

Non, pas au couteau. Je l’ai tué autrement. En lui tendant le piège du besoin. Et il a mordu à l’hameçon. Il est tombé. Je grandissais, mon corps changeait, et lui aussi… a changé de regard. Oui, Pasteur. Ça s’est produit. Puis encore. Et encore. Chaque fois, on se dit “on arrête”. Et chaque fois qu’on décide ainsi, c’est comme si l’enfer envoyait plus de renforts. Et on replonge.

Papa m’appelle “sa petite femme”. Je vois toujours son triste visage quand, au lit, j’ose l’appeler Papa car ça lui rappelle ainsi qu’il vient de commettre une folie, l’interdit. Sept ans de silence. Sept ans que je vis cette relation. Je ne veux pas d’un autre homme. Aucun ne m’attire. Je meurs de l’intérieur. Je suis prisonnière de mon propre mal.

Papa est un homme respecté. Les gens le saluent avec respect. Mais moi, je sais. Je sais qu’il vit un enfer qu’il cache derrière ses chemises repassées par les belles mains de « sa petite femme ». Pasteur Ben, je n’écris pas pour qu’on me juge car ma propre conscience me juge déjà assez. Je t’écris parce que je t’entends souvent dire que ton Jésus peut tout.

Dis-lui de venir me chercher. Même si je suis au fond du trou. Qu’il me sauve. Parce que là… j’en peux plus. Au secours Pasteur ! 

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