
C’était en 2014, Carmelle Akimana est tombée enceinte sous le toit de ses parents. Une erreur qui lui a value d’être expulsée du bercail familial où elle n’est jamais retournée vivre jusque-là. Désirant que personne d’autre ne subisse le même sort, elle nous raconte l’histoire du comment elle a pu survivre devant de telles circonstances et comment elle aide les autres actuellement à traves l’AMC (Agir pour les mères célibataires).
Carmelle Akimana est actuellement coordinatrice adjointe de l’Association « Agir pour les mères célibataires » (AMC) qui s’occupe des conditions de la femme en général mais qui s’est désormais donnée comme priorité d’accompagner psychologiquement les mères adolescentes malgré l’insuffisance des moyens financiers. L’AMC aide aussi ces mères adolescentes en leur proposant des projets de développement pour ne pas être obligées des choix regrettables pour survivre. La plus jeune des bénéficiaires a eu son bébé à 14 ans étant en 6ème année primaire. L’AMC l’a reconduite à l’école après la naissance de son bébé.
Quant à Carmelle, elle n’a pas eu cette chance à son époque. Sa famille n’ayant pas digéré le fait qu’elle tombe enceinte à la maison, elle fut alors obligée de quitter la maison. Par conséquent, elle fut contrainte de faire ce qu’elle ne voulait pas faire comme avoir des boulots qu’elle ne souhaiterait pas avoir. Personne ne la regardait plus comme avant. Toute personne voyait en elle une autre personne. « Personne ne pense ni aux douleurs que tu as, de quoi tu as besoin mais tout le monde voit les erreurs que tu as commises seulement. » regrette-t-elle.
« Même ceux qui te regardent voient en toi une pute… »
Depuis la conception jusqu’à ce que l’enfant grandisse, tu livres une bataille non seulement avec la vie mais aussi tu dois faire face aux jugements. Même ceux qui te regardent voient en toi une pute à tel point que celui qui n’osait pas t’aborder auparavant se le permet. Je devais affronter une vie difficile, la vie de louer une maison, la vie de faire un boulot que je n’aurais jamais imaginé faire un jour. Par exemple travailler dans un bar. Quand alors tu travailles dans un bar étant une fille, ça ne te donne pas une bonne image car tu y rencontres plusieurs personnes et toute personne qui t’y voit te classe dans la catégorie des filles faciles. Toute personne qui vient t’adresser la parole ne te demande que de coucher avec. Comme je n’avais pas encore terminé le secondaire, j’ai dû faire ce travail [serveuse dans un bar : ndlr] malgré moi. Je n’avais pas de choix.
Une seule leçon aura suffi
Je me souviens d’un boulot qu’on m’a proposée un jour. Comme j’étais bonne en français, on m’a proposée de travailler en tant que secrétaire pour des personnes au profil étranger qui ne savaient pas le Kirundi et de servir de traductrice en cas de déplacement sur terrain. Après avoir demandé les conditions de travail, on m’a dite que des fois on sera obligé d’être sous le même toit. Et comme heureusement c’était une grande maman, elle m’a avoué le prix à payer : je devais devenir comme leur femme (en termes de relations sexuelles : ndlr). Et j’ai dit : impossible car je n’étais pas fière de ma première expérience. Alors je n’avais plus d’autre choix que d’aller travailler dans le bar là où quand tu passes, on te touche, chacun vient te raconter ses bobards (moment de silence…) ça fait mal. J’y ai travaillé étant enceinte jusqu’à la naissance de mon bébé. Le père de l’enfant ne se souciait guère de m’aider.
Malgré tout, « je ne peux pas tuer mon bébé… »
Pour moi, avorter c’était hors de question bien qu’ayant eu mille opportunités de le faire. Il y a même des gens qui ont promis de payer les frais d’avortement pour que je puisse garder mon avenir, faire de bonnes études. Mais j’ai dit : même si c’est ainsi, je ne peux pas tuer mon bébé ; le mal a été déjà fait. A la maison c’était fini, ils ne m’ont jamais pardonné cette offense. Mais… malgré tout je survis. Ce qui fait plus mal c’est qu’avant de tomber enceinte tu avais quelqu’un que tu aimais. Lorsque tu tombes enceinte, tu supporterais tous les jugements des autres si tu as quelqu’un auprès de toi qui te console. Mais si lui aussi te tourne le dos, franchement ça fait mal. C’est parfois ce qui fait que les unes se suicident, les autres jettent leurs bébés, d’autres les étranglent.
Carmelle, engagée dans l’amélioration des conditions de vie des mères célibataires à travers l’AMC, invite les parents à rompre avec le tabou qui rode autour de la sexualité et d’en parler avec leurs enfants avant qu’il ne soit tard pour éviter que de tels incidents se répètent dans la société.

