Société

Quand argent et tabou riment avec menstruations

Au Burundi, que ce soit l’achat de serviettes hygiĂ©niques ou l’éducation sur les menstrues, tout est sujet Ă  la pudeur. MalgrĂ© les diffĂ©rentes campagnes et dĂ©bats initialisĂ©s, une taxe menstruation est toujours d’actualitĂ© car l’achat de serviettes reste jusque-lĂ  une bataille Ă©conomique et Ă©motionnelle en elle-mĂȘme. Devrait-il en ĂȘtre ainsi, pour une chose aussi naturelle et de surcroĂźt liĂ©e Ă  la santĂ© ?

Depuis quelques temps, l’organisation SaCoDĂ© a introduit les serviettes rĂ©utilisables Agateka. Ces serviettes sont fournies dans les Ă©coles et aux femmes en situation de prĂ©caritĂ©. Un pas louable mais qui est encore loin de porter ses fruits pour plus de 70% de jeunes femmes ne pouvant se les procurer, soit par manque de moyens et ne se trouvant pas en milieu scolaire ou par prĂ©fĂ©rences. En milieu urbain, l’achat de serviettes reste centrĂ© sur les serviettes Ă  usage unique et jetables et le budget est bien grand : plus de 5.000.000fbu estimĂ©s pour l’achat des serviettes dans la vie d’une femme en comptant tout ce qui va avec (antidouleurs, sacs plastiques, sous-vĂȘtements, etc.).

Lorsqu’on va Ă  la boutique pour en acheter, malheur si on y trouve des gens (surtout des hommes). On ressent une gĂȘne immense, probablement liĂ©e Ă  l’éducation reçue autour des rĂšgles. « La plupart du temps je demande Ă  une amie ou Ă  ma sƓur d’y aller Ă  ma place. Et le plus gĂȘnant, c’est que la majoritĂ© des boutiques est tenue par des hommes. Ils peuvent me reconnaĂźtre comme du quartier et ça rajoute un peu Ă  mon embarras. Alors quand j’y vais, je prĂ©fĂšre aller dans des boutiques ou il y a des femmes et j’emporte un sac Ă  dos. Etonnamment par contre, je me sens moins mal Ă  l’aise lorsque j’en achĂšte pour ma sƓur Â», tĂ©moigne Josie*, 21 ans.

« J’ai passĂ© plusieurs annĂ©es sans savoir que je portais mal mes serviettes Â»

Il n’est pas rĂ©volu ce temps oĂč la « discussion » est rĂ©servĂ©e Ă  une mĂšre et sa fille. Mais malheureusement, avec les occupations qui incombent Ă  nos mamans, il est rare qu’elles remarquent Ă  quel point on grandit vite. A peine, veulent-elles en parler, que c’est dĂ©jĂ  arrivĂ©. A l’école, l’éducation sexuelle est basĂ©e sur l’étude des parties gĂ©nitales et leurs fonctions et ce n’est que vers les derniĂšres annĂ©es qu’on en apprend sur la sexualitĂ© et les menstruations (et ce Ă  petite Ă©chelle si on a la malchance de tomber sur un enseignant prude), alors que les menstruations commencent trĂšs tĂŽt surtout pour les filles en milieu urbain.

Dans cette logique, on considĂšre les menstruations comme quelque chose de dĂ©shonorant (giteye isoni) et dont il ne faut pas parler ; ce qui fait que lorsqu’on rencontre certains problĂšmes liĂ©s comme des retards, des excĂšs de flux menstruel, des flux anormaux en couleur ou en quantitĂ©, ou tout simplement des lacunes sur comment se comporter on a peur d’en parler, comme en tĂ©moigne l’expĂ©rience de Natacha*, 18ans  « J’ai vu mes premiĂšres rĂšgles quand j’étais en 7Ăšme. Personne ne m’en avait parlĂ©. J’ai passĂ© deux jours dans l’effroi et la douleur. Le troisiĂšme jour, j’ai fini par en parler Ă  ma mĂšre. Elle ne m’a presque rien dit et m’a juste donnĂ© le nĂ©cessaire sans me montrer le mode d’emploi. J’ai passĂ© plusieurs annĂ©es sans savoir que je portais mal mes serviettes. Le choc arriva beaucoup plus tard aprĂšs avoir vu une amie faire Â» Ă  elle d’ajouter, « Ce fut une blessure pour moi car je voyais les autres filles en parler avec leurs mamans alors que jusqu’à aujourd’hui j’apprĂ©hende de demander de l’argent Ă  la mienne pour mes serviettes. »

RĂ©sultat ? Une Ă©ducation sexuelle nĂ©gligĂ©e pouvant amener Ă  des grossesses non dĂ©sirĂ©es ou Ă  des maladies gĂ©nitales non traitĂ©es.

Un besoin d’action toujours d’actualitĂ©

Comme dirait Simone de Beauvoir, « On ne naĂźt pas femme on le devient Â». Si l’on vit encore dans une Ăšre oĂč la femme est encore stigmatisĂ©e Ă  certains Ă©gards, il serait plus que judicieux de la laisser vivre sa fĂ©minitĂ© dans toute la dignitĂ© qui lui est dĂ» en enlevant la taxe sur les serviettes hygiĂ©niques ou en les rendant gratuites. Il faut aussi instaurer des programmes acadĂ©miques liĂ©s Ă  la menstruation dĂšs les derniĂšres annĂ©es du primaire, sans oublier un suivi psycho-social permettant aux jeunes filles de s’assumer et de savoir comment se comporter face aux imprĂ©vues ou irrĂ©gularitĂ©s, mais aussi face Ă  l’ignorance masculine.

P.S. : L’usage de serviettes rĂ©utilisables semble ĂȘtre mieux indiquĂ© dans la mesure oĂč elles sont plus Ă©colos, moins chĂšres, et contiennent moins de produits chimiques. AprĂšs, chacune son droit de choisir. Il faut aussi les changer toutes les 3, 4 h afin d’éviter les infections, les irritations et les mauvaises odeurs (ça vaut aussi pour les serviettes jetables).

Par InĂšs Colyse Izere

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