Société

Le témoignage poignant d’une jeune fille vivant avec un handicap

Dans notre société, les enfants vivant avec un handicap sont discriminés, découragés. Ils sont considérés comme des « bons à rien « , comme s’ils ne pouvaient pas faire autant ou mieux que ceux dits « normaux ». C’est la vie que mène la pauvre Lyse*. Telle une prisonnière, elle ne peut pas sortir de la maison. Sa mère ne veut pas que les gens sachent qu’elle a une fille handicapée.

Elle, c’est Lyse, une jeune fille de mon quartier. Ses parents ont su qu’elle avait une paralysie quand elle avait neuf mois. Sa jambe gauche est légèrement plus courte que la droite et elle marche en boitant. Depuis, c’est comme si Lyse était devenue une honte pour eux. Sa situation nous inquiète dans le voisinage. Elle est souvent enfermée dans sa chambre. Personne ne peut la voir ou lui parler. Parfois on l’entend crier, frappant sur la porte de sa chambre, suppliant qu’on la laisse sortir.

« Mes parents se disputent toujours. Mon père accuse ma mère d ‘avoir mis au monde un enfant comme moi, il m’insulte en disant que je ne suis pas un enfant comme les autres, que m’envoyer à l’école serait perdre du temps et de l’argent », m’a-t-elle raconté un jour. Elle s’inquiète de son avenir. Parfois, m’a confié Lyse, elle pleure quand elle voit ses frères aller à l’école. Ses parents l’obligent à ne pas sortir de sa chambre quand ils reçoivent des visiteurs, comme en témoigne une voisine. 

Le regard de la société envers les enfants handicapés

« Le fleuve fait des détours car personne ne lui montre le chemin », dit un adage africain. Parfois, nous faisons des choses par ignorance ou par manque d’information, Un enfant handicapé n’est pas synonyme de honte ou d’échec. Des fois, ces enfants sont discriminés par ceux qui étaient censés les aider et ils finissent par perdre espoir et manifestent un sentiment d’incapacité. En réalité, un enfant handicapé peut être aussi compétent et productif que les autres enfants.

Le Burundi a ratifié la convention relative aux personnes handicapées et son protocole facultatif en date du 26 mars 2014. La convention dispose dans son article 9 que « afin de permettre aux personnes handicapées de vivre de façon indépendante et de participer pleinement à tous les aspects de la vie, les Etats parties prennent des mesures appropriées pour leur assurer sur la base de l’égalité avec les autres, l’accès à l’environnement physique, au transport, à l’information et à la communication y compris aux systèmes et technologies de l’information et de la communication, et autres équipements et services urbains que ruraux. »

Des données non mises à jour

Au Burundi, les études sur la population des personnes vivant avec handicap sont moins fréquentes et les statistiques y relatives sont rares. Les seules données fiables et officielles disponibles au Burundi sont celles du recensement général de la population de 2008 qui, cependant, documentaient seulement le handicap majeur. D’après ce recensement 4,5% de la population burundaise vit avec handicap majeur, (explique un handicap majeur : qui empêche une personne d’atteindre son objectif), soit plus de 360.000 personnes.
En considérant tous les types de déficiences plus ou moins sévères et en s’appuyant sur les statistiques de l’OMS, le Réseau des Centres pour les Personnes Handicapées du Burundi (RCPHB) a estimé en 2016,que le nombre des personnes handicapées du Burundi va au-delà d’un 1,2millions de personnes. Donatien Barumwete, de l’organisation « Nouvelle vision face aux handicap », a reconnu ignorer les données des handicapés au Burundi : « Nous ne savons pas ni le nombre ni la localisation des personnes vivant avec handicap au Burundi, ni d’ailleurs qui est scolarisée ou pas », a –t-il souligné lors d’un atelier sur « l’accès à l’éducation pour les personnes en situation handicap au Burundi »

En Kirundi, on dit : « aho ivunikiye yorima » ( la houe peut labourer à l’endroit où elle a été cassée.) Un enfant handicapé est capable de beaucoup de choses positives et surtout de progresser, si on lui donne les moyens. Il est nécessaire d’assurer aux handicapés une protection, autant familiale que publique. A commencer par leur appellation. Le terme « personne en situation de handicap » est plus fréquemment utilisé aujourd’hui pour désigner des personnes handicapées, pouvant rencontrer des difficultés physiques ou morales pour réaliser certaines tâches.

* Pseudonyme

Par Lynca Madirisha

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