Fils dâun artisan bijoutier et dâune maman enseignante Ă lâĂ©cole primaire, De lâart, comme lâappellent ses proches, est nĂ© Ă Bwiza dans une fratrie de 4 enfants en 1998. Yvan de lâart est son nom de signature. Il fit ses Ă©tudes primaire Ă Buyenzi, Nyakabiga pour les achever Ă Kamenge. Son cycle infĂ©rieur il lâa fait au LycĂ©e Municipal Kamenge. Gitega sera sa derniĂšre destination en tant quâĂ©lĂšve pour y faire le cycle supĂ©rieur Ă lâE.T.S.A ( Ecole technique secondaire d’art ). Ce jeune artiste talentueux nous parle de sa carriĂšre depuis sa gĂ©nĂšse.

C’est maman qui a su que j’avais ce talent car c’est elle qui me suivait. C’est elle qui m’enseignait en premiĂšre annĂ©e. C’est ce Ă quoi je m’intĂ©ressais plus que tout autre chose. Avant, elle ne l’a pas bien accueilli Ă tel point qu’elle s’irrita et me punit comme elle l’aurait fait pour les autres enfants qui auraient fait le contraire de ce que les autres sont en train de faire. Mais par aprĂšs, on lui a fait comprendre qu’un don c’est comme ça.
Lâart me permet de me procurer les choses dont j’aurais honte de demander aux parents. Par exemple tu ne peux pas dire aux parents que tu vas sortir avec tes amis. Il y a des choses pour lesquelles tu dois te prendre en charge en tant que garçon. J’ai gagnĂ© mon premier argent quand j’ai produit une peinture pour un kiosque quand j’Ă©tais au 5Ăšme primaire Ă l’EP Kamenge 1.
Une passion combattue

Les problĂšmes que je rencontrais souvent provenaient de ces gens-lĂ qui Ă©mettent des prĂ©jugĂ©s comme : « la chose lĂ que cet enfant adopte va l’empĂȘcher d’Ă©tudier » et c’Ă©tait trĂšs comprĂ©hensible. Tout d’abord ces problĂšmes je les ai eus en classe oĂč les professeurs avec qui on ne le voyait pas de la mĂȘme maniĂšre ou bien moi-mĂȘme je me retrouvais ayant accordĂ© aux dessins plus de temps que ce qui m’amenait Ă l’Ă©cole.
Tu travailles pour quelqu’un tu finis puis aprĂšs il te dit, j’ai eu ça en attendant. Tu vas revenir. On passe tout un mois. Il y en a mĂȘme ceux que je rencontre et qui me disent : « l’argent lĂ tu vas le prendre demain ». AprĂšs deux ans (rires). Tout travail qui ne demande pas de contrat, afin que si tu refuses de me payer je puisse porter plainte, est difficile. Souvent ils regardaient mon Ăąge et disaient : « Ses choses ne peuvent pas avancer, aucun parent ne viendrait rĂ©clamer son argent. Il le fait par penchant et non pour que ça puisse l’aider Ă survivre vu qu’il n’a pas de famille Ă nourrir. »
Un patriote né
Mon rĂȘve est de pouvoir survivre par mes forces, les Ćuvres de mes mains, et que je puisse avoir toutes ces choses que je dĂ©sirais sauf vivre Ă lâĂ©tranger et abandonner le Burundi. Jâai aussi besoin de voir le drapeau burundais hissĂ© Ă un autre niveau, du moins ĂȘtre connu internationalement via notre domaine. Pas quâil y ait seulement des concerts de chanteurs, de danseurs, quâil y ait aussi nos concerts et que ce soit des choses bien faites et quâil y ait des gens venant de lâĂ©tranger comme câest le cas pour les concerts de musique.
Un mot au ministÚre des Affaires de la Communauté Est Africaine, de la Jeunesse, des Sports et de la Culture
Le ministĂšre sait que nous sommes lĂ . Si ils nâont pas encore fait quelque chose câest peut-ĂȘtre parce quâils nâont pas encore vu la valeur de nos Ćuvres. Je crois que câest nous qui devrons dâabord fournir les efforts pour leur montrer que nous sommes lĂ . Plusieurs artistes qui le font, la majoritĂ© nâa pas eu la chance de passer par cette Ă©cole que jâai frĂ©quentĂ© [ ETSA : Ecole technique secondaire de lâart : ndlr ]. Il faut que des formations soient organisĂ©es et que des jobs soient disponibles par exemple dans les industries textiles comme Cotebu, les imprimeries. Quâun espace soit créé et quâon dĂ©montre que nous sommes prĂ©sents.
La gratitude
Je remercie Dieu qui mâa donnĂ© la vie et qui mâa montrĂ© le bon chemin et qui mâa permis de mâautofinancer sans recourir au vol. Je remercie mes parents pour leur patience envers moi (rires) car je me souviens que papa voulait que je sois soit un juge ou soit un ingĂ©nieur mais la passion ne me lâa pas permis bien que moi aussi jâaimais lâingĂ©nierie car Ă lâĂ©poque câĂ©tait la chose qui semblait rapporter beaucoup dâargent. Je remercie aussi maman qui a compris que cela pouvait se faire concomitamment avec lâĂ©cole. Câest elle dâailleurs qui mâa proposĂ© de faire lâĂ©cole dâarts. Je remercie aussi Bonne IdĂ©e Nshimirimana, un peintre, qui mâa enseignĂ© les bases de la peinture. Il y a aussi Dani Daniel Kibamba qui mâa montrĂ© la vie dâaprĂšs lâĂ©cole. Il y a dâautres comme Yish Karam, Simon Carmel. Ce sont des gens qui mâont Ă©tĂ© proches car quand tu changes de mode de vie tu tâapproches des gens pour quâils tâintĂšgrent.
Actuellement, Yvan De lâArt fait partie dâun groupe de 6 artistes choisis par le ministĂšre de lâĂ©ducation pour un projet de rĂ©vision des livres de 1Ăšre annĂ©e en cours.

