Économie

Ce qu’il faut savoir sur le magendo, l’économie de la débrouille

Mot du vocabulaire bantu, il a gagné petit à petit du terrain dans le jargon socio-économique burundais surtout lorsqu’il est question de changer son argent, trouver du carburant, trouver du sucre qui se raréfie à l’épicerie dans une voie autre que légale. Explication.

© RTNB

Selon la Banque mondiale, le terme magendo désigne le secteur informel. Pourtant, l’homme de la rue parlera de la débrouille pour gagner sa vie. D’autres parlent du plan B en vue de satisfaire leurs besoins.

Étymologiquement, le terme magendo vient du verbe gagenda en luganda (langue ougandaise) qui veut dire : aller, bouger ou changer de mains. C’est un vocable moderne dont l’usage se  généralise dans les années 1975 pour ne apporter que l’ apport sémantique qui contribue à donner une coloration particulière au magendo qui est cette activité commerciale et coupable selon le dictionnaire swahili standard ( kamusi ya kiswahili sanifu, Dar-es-Salaam, Oxford university press, 1981.)

Points de vue des experts

Selon Déo Nsavyimana alias Gandhi, enseignant à l’université du Burundi au département d’Histoire, par magendo il faut entendre cette manière d’avoir une marchandise ou un  service par les voies  contraires aux règles du jeu normal de commerce. Il est une impossibilité de vivre en respectant les règles du jeu économique normal qui est celui de vivre de son travail salarié ou non, de s’acquitter de ses impôts et les factures des services publics et en respectant la fiscalité commerciale

Cette pratique est née en Ouganda en 1972 sous le règne du Maréchal Idi Amin Dada. En fait elle remonte au temps de l’expulsion  des indiens qui auparavant détenaient bon nombre d’entreprises peut-on lire dans : Histoire sociale d’Afrique de l’ Est ( XIXème – XXème siècle ), acte du colloque de Bujumbura du 17- 24 octobre 1989 à la page 320.

Jusqu’en 1972, l’économie ougandaise est essentiellement agricole avec un vigoureux secteur de petite manufacture aussi d’un commerce dynamique. Mais avec le départ des indiens, plusieurs entreprises sont nationalisées et gérées par les mains des nationaux les moins compétents et les plus corrompus. Cela occasionna la détérioration des systèmes de production, des termes d’échange, de transport et de production.

Selon Gérard Prunier, spécialiste de la région des Grands – Lacs africains dans « Le Magendo en Ouganda », les temps étant durs, la population fait recours à un pis-aller, une débrouille ou une forme de survie informelle  qu’est le magendo en  attendant les jours meilleurs.

Quid de ses débuts au Burundi

Les personnes interrogées ne sont pas unanimes sur la date où le magendo se serait fait entendre pour la première fois au pays de Ntare Rushatsi. Léonard Gashirahamwe, natif de la province Mwaro, indique qu’il a entendu pour la première fois le terme magendo en 1977 lorsqu’ il faisait  sa première candidature à l’université du Burundi. Marie Goreth Inantunda,  native  de la province Makamba témoigne avoir entendu ce terme pour la première fois en 1980 et Joseph Ndayisenga le sexagénaire ressortissant de la province Gitega dit avoir entendu ce vocable pour la toute première fois en 1982 à Bujumbura la capitale politique d’alors.

Quoi qu’il en soit, le magendo n’a pas traîné pour affecter le Burundi comme voisin d’Ouganda étant donné que le Burundi et l’Ouganda font partie de la région des Grands – Lacs africains. 

                             Par Christophe Niyongendako

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