Société

Unis par l’amour ou par l’erreur ?

Plusieurs jeunes sont aujourd’hui pĂšres et mĂšres de famille sans nĂ©cessairement l’avoir souhaitĂ© mais juste Ă  cause de leur inattention. Ils n’ont pas supportĂ© le goĂ»t amer de la patience.

A les voir dans la rue, on croirait voir un RomĂ©o et une Juliette se baladant ensemble. Tellement ils s’amourachent, tellement ils sortent ensemble, tellement ils posent ensemble, oh la vie est belle. Chaque geste signifie un « je t’aime chĂ©ri(e) Â» cachĂ© au fond d’un sourire, d’un clin d’Ɠil, mĂȘme le geste le plus banal parle. Des promesses au futur « futur Â» se multiplient. La fille manque au garçon et Ă  ce dernier de dire « uyu musi umugore yampevye Â» (littĂ©ralement : Aujourd’hui ma femme m’a dĂ©laissĂ©). Le tĂ©lĂ©phone sonne chez la fille et elle se permet facilement de dire « umugabo aranterefonye Â» (mon mari m’appelle). Mais jusque lĂ , le garçon compte toujours sur son papa, sa maman ou un gĂ©nĂ©reux de la famille pour subvenir au moindre de ses besoins. Dans le meilleur des cas, il parvient pĂ©niblement Ă  s’auto suffir.
Le jour j, par accident ou par entente, la scĂšne tant redoutĂ©e par les parents (de la fille surtout) finit par arriver. N’insistez pas pour que j’explique de quel jour il s’agit, je sais que vous avez compris. Une fois, deux fois, trois fois, etc.

« Apure(aprĂšs) l’ambiance, c’est la moro (mort) Â» chantait Minani Rwema un vieux chanteur rwandais. Un mois, 2 mois, 3 mois
. toujours pas de rĂšgles. La fille hĂ©site Ă  se confier Ă  qui que ce soit. Le dilemme s’installe : je commence par mon mec ou ma meilleure amie ? la tante maternelle ou celle paternelle ? Maman c’est hors de question. Enfin elle dĂ©cide de se taire, sa conscience la tourmente, elle sait ce qu’elle a fait et se doute de quelque chose. Dans les petits films locaux, on l’illustre facilement : la fille est en train de cuisiner ou faire la lessive
 et puis hoooop elle court vomir. Enfin, elle se dĂ©cide d’aller Ă  l’hĂŽpital. Mauvaise nouvelle : le test est positif. A moi d’en dĂ©duire : la bontĂ© d’une nouvelle est relative.
Les tensions montent alors ici et lĂ . Ce qui a Ă©tĂ© fait entre deux se met Ă  la portĂ©e de tout le public. Chacun a son mot Ă  dire sur la situation. Les deux futurs parents vivent le pire cauchemar de leur vie. La fille qui pense aux 9 mois de douleur qu’elle va passer, Ă  sa famille qu’elle a trahie, Ă  son annĂ©e scolaire qu’elle va rater
 tant de regrets au fond d’elle-mĂȘme. Le garçon qui pense aux nouvelles responsabilitĂ©s qu’il va avoir. C’est tout sauf cool.

« MĂȘme ceux qui ont su que je suis enceinte de lui ont Ă©tĂ© Ă©tonnĂ©s, c’est impossible (disaient-ils) » dit Jessica, tombĂ©e enceinte Ă©tant encore Ă  la maison. Aujourd’hui, jeune mĂšre depuis plus d’une annĂ©e, Jessica affirme qu’Ă  l’Ă©poque oĂč elle tomba enceinte, elle avait demandĂ© Ă  Muhizi* son mari actuel de la laisser d’abord terminer ses Ă©tudes mais que sa priĂšre n’avait pas Ă©tĂ© exaucĂ©e car ceci avait Ă©tĂ© dit Ă  son mari :  » Si tu ne la prends pas vite, (aprĂšs) tu ne la verras plus et la reconquĂ©rir sera un problĂšme. » A Muhizi alors de rĂ©agir :  » Si je ne te prend pas, tu ne me demanderas plus rien, l’enfant ne sera plus mien. Si on se rencontre, ne lui dis jamais que je suis son pĂšre. » Je vous laisse deviner la suite.

Quel genre d’union? Union pensĂ©e ou circonstancielle ? . Un jour, Baro*, un homme mariĂ© que je respecte beaucoup me disait que quand il arrive que lui et sa femme se disputent, seul le petit fil, le lien d’amour les garde ensemble aprĂšs que tout ait lĂąchĂ©. Dans un pays oĂč la majoritĂ© de sa population est chrĂ©tienne, on ne se passerait pas d’invoquer le livre saint :  » et si le juste se sauve avec peine, que deviendront l’impie et le pĂ©cheur ?  » 1 Pierre 4:18.

* Les noms utilisés sont des pseudos

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