Elle m’avait prévenue, elle avait crié au secours, elle s’était confiée, elle m’avait montré son mal être, était-elle censée était brève? Ou je devais lire entre les lignes? Maintenant elle n’est plus et je ne saurais jamais si ce n’est que, lui rendre hommage et payer attention à mes sœurs, victimes de harcèlement et d’abus
Anaïs était mon acolyte, ma complice, on se baladait à la longueur des journées, on parlait pendant des heures, on avait des projets, mais son avenir s’était avéré éclairé puisque elle était parti acquérir de nouvelles connaissances à l’étranger, ce qui m’avait rendu fière et enthousiaste (on connaît tous l’espoir et la confiance qu’on a quand son proche part poursuivre ses études en dehors de nos frontières).
Anaïs, la plus belle de sa génération, j’aimais lui rappeler; bien que elle fut éperdument amoureuse de ce gars « que je n’ai jamais apprécié », elle était resté toujours mon système de soutien et moi, le sien! Loin des yeux, loin du coeur, la promesse qu’on s’était faite n’a pas été tenue. L’esprit me faisait défaut, je pensais à elle rarement, lui contacter était devenu utopique, elle se détachait de moi et moi d’elle, mais tout au fond, je l’aimais et l’estimais autant qu’avant son départ. Un appel de temps en temps, on parlait de la routine, de la débauche, et surtout des rêves, de nos amours (bon, disons, nos coups de cœur, nos flirts, les crush d’un soir,…) et ensuite, plus rien… mais j’étais très fière de ce qu’elle devenait puisque elle avait réussi à trouver équilibre entre son job, la fac et les loisirs.
Après, des lustres à ne pas se parler, à être injoignable, j’appris qu’elle avait tombé dans la dépression, burundaise de Bujumbura que je suis, je ne comprenais pas et j’avoue, j’ai rigolé, un tout petit peu mais je me suis bien assise , je commençais à comprendre pourquoi elle avait changé trois fois son numéro en moins d’une année, fantôme sur les réseaux sociaux, et elle avait quitté la ville pour se renfermer à la campagne, j’ai ensuite compris qu’elle avait eu des soucis! Son copain « que je n’avais jamais arrivé à digérer » avait détruit sa vie! La vie de mon Anaïs.
« L’amour rend aveugle » ont-ils dit, l’animal avait été sous nos yeux, mon amie était harcelée, elle était victime de chantage, elle avait « violée et menacée » d’être discrédité aux yeux du monde si une fois son histoire venait d’être dévoilé au grand jour! Le jour où tout a basculé, était celui où la menace a été exécutée, le soir même Anaïs n’a pas tenu le coup, sa colocataire m’a écrit sur Instagram pour m’annoncer qu’elle avait mis fin à ses jours.
Je n’ai pas su, je ne pouvais pas savoir, peut être que je n’aurais pas baisser les bras et faire comme elle, l’abandonner! Peut être que je devais l’appeler tout le temps, peut être qu’elle se serait confié comme elle faisait quand on était toujours ensemble, elle avait essayé de me laisser le moyen de l’aider puisque elle me demandait que je l’appelle aussitôt que j’ai le temps, mais mon ego a pris le dessus et je reportais, je croyais avoir tout le temps du monde, mais qu’est ce que le travail, qu’est ce que l’ ambiance quand ton amie meurt à petit feu, quand la tristesse le consume? Tout ça restera un questionnement sans réponse puisque elle n’est plus, pour me parler, je n’ai que des clichés dans ma galerie photos. On connaît, certes, la valeur de la personne quand elle s’en va!
Je laisse couler l’encre en te rendant hommage mais aussi en le rendant à toutes celles comme toi, victimes de harcèlement tant physique que mental, je rends hommage à ces victimes de chantage, à ces victimes de notre société qui reste complice face aux violences faites à la fille au quotidien.
Tu avais un bel avenir, tu voulais être ingénieur je me rappelle, mais la cruauté d’une seule personne a mis fin à tous tes rêves. Quoique l’homme est le loup de l’homme! Repose en paix! Je t’aime Anaïs
-Anaïs(nom pseudo)
-histoire fictive-réelle
-Le mois d’octobre où le monde célèbre la journée internationale de la santé mentale, Sensibilisons le public envers la santé mentale et ses méfaits, tous contre la stigmatisation.


