Société

L’intégration académique, cette barbarie des instruits

Le bizutage, appelé intégration par les universitaires, est une coutume qu’on retrouve dans plusieurs universités publiques du Burundi. Mais quelle est vraiment son importance ?

Têtes rasées à la Tupac, visages tristes et confus, honte au visage, porte documents qui ne diffèrent que par les couleurs, filles en pantalons… telles sont les caractéristiques des nouveaux lauréats des universités publiques de la capitale et de l’école normale supérieure (ENS). Et d’ailleurs je vais beaucoup plus parler sur cette dernière car car car….!

« Hmmm n’uko mutazi ukuntu igise kiryana »

Je ne crois pas pouvoir trouver les bons termes pour m’exprimer sur ce sujet mais je vais quand même faire de mon mieux. Heureusement que j’ai d’abord pris du recul pour que la colère me quitte sinon… kwanza n’Imana Iranka ishavu (et d’ailleurs Dieu aussi n’aime pas la colère). Parlons alors de ce truc appelé « intégration » qui se fait dans certaines universités burundaises publiques, je précise encore « publiques ». Comme après le secondaire vient l’université, après le bizutage vient alors l’intégration (ça reste le bizutage ne vous en faites pas). A l’entendre de nom, on dirait qu’il s’agit de passer un petit test, quelques questions puis on t’intègre. Mais non, c’est tout un processus. Dommage que je ne suis jamais parvenu à y entrer pour voir ce qui s’y passe vraiment mais passant que j’étais, j’ai vu quelque chose devant laquelle un pasteur puritain dirait : « Quoi ? quelqu’un pour qui le Christ est mort vous le traitez comme ça ? », une maman y dirait : « Hmmm n’uko mutazi ukuntu igise kiryana » (hmmm c’est parce que vous ne savez pas les douleurs d’enfantement).

Discussion avec un umupware

Pour ne pas trop me fier aux apparences j’ai approché un ancien étudiant de l’école «nderabigisha » ENS car si moi je vous le disais, vous ne me croirez pas peut être. La Plume (LaP) vous propose une petite interview passée avec Ezéchiel N. (E.N) :

LaP : Que vous fait-on au cours de l’intégration ?
E.N : Ils (les ainés) nous initient à la nouvelle vie universitaire
LaP (insatisfait) : Ils vous initient en vous faisant quoi ? Vous font-ils danser, vous font-ils chanter? Ils vous font quoi ?
E.N : Nous nous faisons raser «igipara » (traduction libre :pas droit de laisser un seul cheveu), nous plions les manches de nos chemises, nous nous asseyons par terre, nous chantons, nous dansons.
LaP : ça dure combien de temps ?
E.N : 3 mois
LaP : quel est l’intérêt de tout ça ?
E.N : tu te rends compte que tu ne vaux rien. Ainsi tu fais l’université comme un petit enfant(faisant allusion à l’humilité je pense).

Et vous pouvez vous demander pourquoi je m’en prends à eux alors que selon cette petite interview ce n’est pas si alarmant que ça. Après avoir passé cette interview, je me suis rendu compte que je ne lui ai pas demandé le sort réservé à celui qui dira : « Non, je ne fais rien de tout ça, moi je suis venu étudier et pas me soumettre à vos ordres.» Dieu sait ce qui se passerait.

« birya ni muri ENS »

A la fin des cours, supervisés ou plutôt surveillés par leurs ainés, les puants (les nouveaux lauréats) sortent des enceintes de l’ENS le dos courbé en file indienne, porte document dans la bouche à la manière d’un chien qui ramène un objet à son maître (désolé les gars, je n’ai pas pu trouver mieux pour illustrer ça). Ceux qui passent par le boulevard Mwezi Gisabo, ex 28 novembre, devant les enceintes de l’ENS ne diront pas le contraire. Je rappelle que c’est un supplice qui durera… 3 mois. J’ose croire que quand même les choses évoluent, trois mois c’est trop pour faire la même chose, il y a quand même un changement de supplices. Seuls ceux qui y ont été savent vraiment ce qui se passe à l’intérieur de l’école. Un étudiant de l’université du Burundi contacté m’a été clair sur le fait de trainer les puants dans la boue (oooh les pauvres !). Il a juste répondu :« birya ni muri ENS » (cela se fait à l’ENS).

Attention aux vieux démons

Que le pays ait traversé de mauvaises périodes durant ces quelques années qui viennent de passer est un fait têtu que nul ne devrait ignorer. Il reste encore quelques traces dans nos cœurs qu’on le veuille ou pas. Alors, accepter qu’un étudiant ait le droit de violence légitime sur un autre c’est juste inacceptable. J’interprète ça comme une incubation du mal, une pépinière de la sauvagerie. Je le dis en connaissance de cause, j’ai fait l’internat, je ne suis pas si naïf que ça en la matière. Bien que ne faisant pas ce rite, les étudiants des universités privées ne sont pourtant pas les moins disciplinés, ni encore les moins doués. Jetez-moi des pierres ou faites quoi mais non, c’est juste bidon.

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